TÉMOIGNAGES

 

 

 

En 1916, c’est l’attaque des forts du Sahara occupés par de maigres effectifs et dépourvus de canons.  En 1920, le Groupe Sigonney est chargé de réoccuper les forts abandonnés.  Ce Groupe entreprend donc la pacification de la région Sud, et le Génie s’occupe des communications radiotélégraphiques indispensables dans une région aussi étendue, dangereuse et difficile.

 

Appelé de la classe 20, F-C Lacroix nous a laissé ses notes…Instruit par le 19ème Bataillon du Génie d’Hussein Dey, il est affecté à la Compagnie radiotélégraphique de mars à juillet 1920.  Il quitte ensuite Batna en chemin de fer avec quelques sapeurs pour Touggourt puis rejoint Ouargla à dos de chameaux (dromadaires).  C’est le premier contact avec le sable et l’eau magnésienne de cette zone.  A Ouargla, notre tâche consiste à récupérer et compléter le matériel radio de Fort-Lallemand.  Un convoi Chambaas charge le matériel et du ravitaillement pour les forts réoccupés et se dirige vers Fort-Flatters.  Nous sommes cinq, un sergent et un sapeur pour Fort-Charlet à Djanet et trois sapeurs pour Fort-Polignac.

 

A Fort-Flatters, nous trouvons l’adjudant Roth et une petite section de méharistes.  Un cimetière a déjà été aménagé et un monument a été élevé près du bordj à la mémoire des soldats tués pendant la retraite de 1916.  Les Touaregs prennent la relève des Chambaas et le convoi se met bientôt en route dans le plus grand silence, les chameaux reliés en file indienne et conduits en tête de chaque file par un Targui…

En près de trois semaines, nous avons parcouru environ 500 kilomètres autant à pied qu’à dos de chameau, traversé le Gassi- Touil, essuyé un vent de sable, mangé la kesra, une galette demi-cuite dans le sable chauffé, du riz, des pâtes ou des dates sèches.

 

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Le Maréchal des Logis Feuillois se souvient… affecté à la 2ème CAST (Compagnie Automobile Saharienne de Transport) d’Ouargla en juillet 1961 j’ai immédiatement été dirigé sur notre détachement de Fort-Flatters.

 

En premier lieu, mes souvenirs se portent sur la route goudronnée passant devant Hassi-Messaoud et ses torchères, puis au bout du goudron à Hassi Bel Guebbour, direction la piste de Fort-Flatters au volant de mastodontes Berliet GBO.  Arrivé au bord de Flatters, une grande cuvette devant mes yeux et un ensemble de dunes au loin.  Descente par l’Akba et l’arrivée aux baraquements du détachement de la 2ème CAST. Ce détachement, basé à l’entrée de Fort-Flatters, à côté du Service des Essences de l’armée et à proximité de la piste d’aviation séparée par des barbelés, me semblait irréel…

 

Nous étions environ 25 militaires et avions une vingtaine de véhicules, camions Berliet GBC, GLR et GBO et une jeep.  Il y avait le cuisinier, 2 mécanos et les chauffeurs mais nous étions tous un peu mécano car sur la piste il fallait se débrouiller…

 

Les pannes venaient surtout des lames de ressort à changer et des prises d’air résultant de la fêlure des conduits du carburant.  Nous avions avec nous en plus d’une barre de remorquage des tuyaux d’une bonne longueur  pour faire des prises directes du réservoir au moteur.  A cela il faut ajouter les outils et les tôles utilisés pour se sortir des ensablements.

 

Notre travail était de ravitailler tout le sud-est saharien de Fort-Thiriet à Fort-Polignac, Amguid, In Amenas, Ohanet, Edjeleh Maison rouge, Djanet, In Ekker et quelques fois Tamanrasset et bien sûr en 1962/63 de replier tous ces forts.  Nous étions quelques fois escortés sur certains parcours, après juin 1962, par des éléments de la 2ème Compagnie du 4ème REI et par le 3ème  BILA.  Nos camions, en plus de la croix du sud peinte sur les portières, avaient une inscription sur le toit, une grande roue dentée avec un 2 au milieu.  Le marquage permettait aux avions de nous repérer dans le désert en cas de pépin.  Nous empruntions souvent à la sortie de Flatters la < vallée de la mort >  pour aller sur Edjeleh et la < piste du pipe >  pour rejoindre Fort-Thiriet.

 

Nous étions très autonomes, il faut bien le dire, jusqu’en juin1962, où à partir de cette date, nous devions passer par le commandement de la Place de Flatters pour circuler.  J’ai quitté Fort-Flatters au début de l’année 1963.