BA 215 Ouargla

 

 

Nous arrivons bientôt en vue de l’aérodrome d’Ouargla et l’avion se pose. La navette me dépose devant le bâtiment de transit où je m’enregistre et commence immédiatement mon circuit départ en allant dans les différents bureaux administratifs de la base aérienne 215.

 

Revenons un instant une dizaine d’années en arrière…En 1951, la ville d’Ouargla abrite déjà plusieurs unités, la Compagnie Saharienne Portée des Oasis, la Compagnie Saharienne de Transport, un détachement de la Légion Étrangère et un détachement du Génie pour l’entretien des pistes.

 

L’Armée de l’Air occupe une base située à environ 9 kilomètres à l’est de la ville, à 300 mètres au sud de la route Ouargla-Touggourt.  Quelques bâtiments de style saharien, la plupart inutilisés, et une poignée d’hommes sous les ordres du sergent-chef mécanicien-auto Gourrégelongue qui remplit également la fonction de commandant d’aérodrome et dépend directement de la 5ème Région Aérienne d’Alger, voici en quelques mots la base aérienne d’Ouargla.

 

Le s/c Gourrégelongue a sous ses ordres une quinzaine de militaires du Détachement 11/805 d’Ouargla faisant partie de la C.T.A. 805, la Compagnie de Transmission de l’Air 805 de Blida.

 

La piste d’atterrissage rudimentaire en terre salée de chott a une longueur de 1500 mètres et elle est orientée nord-sud, sensiblement perpendiculaire à la route de Touggourt.  A son extrémité nord, mais de l’autre côté de la route, une petite construction en dur abrite le poste gonio VHF alimenté par un groupe électrogène.  Les bâtiments de la base se trouvent à l’est de la piste.  On compte en tout et pour tout onze bâtisses, un lavoir et un château d’eau .  La station radio HF-MF et la station de radiogoniométrie MF 333 kcs ou 900 mètres sont aménagées dans l’une des nombreuses pièces d’un grand bâtiment à arcades et cour intérieure.  Un peu plu loin, voici trois constructions prévues à l’origine pour loger la troupe, une seule est occupée par les quelques hommes de troupe du détachement.  Dans un bâtiment voisin sont installées les machines qui fournissent le courant électrique 110 volts redressé et transformé en courant continu 24 volts pour charger les batteries au cadmium-nickel des différents appareils.  Dans une autre pièce se trouve un énorme groupe diesel qui n’a jamais fonctionné faute d’un roulement à billes grippé.  A côté,  nous trouvons dans une autre pièce 3 groupes électrogènes à essence de fabrication américaine, 5 cv 4 temps, démarreur à ficelle et génératrice de 110 volts.  C’est également ici dans ce bâtiment que se trouve le central téléphonique de la base, relié directement à Ouargla.  En face, un grand hangar sert de garage pour les deux seuls véhicules du détachement, un Dodge 4x4 T214-WC51 américain et un camion citerne Dodge D15 de fabrication canadienne et doté de la conduite à droite qui sert tous les deux ou trois jours à aller chercher l’eau potable au puits artésien de la palmeraie, à une dizaine de kilomètres de la base.

 

Vers la piste et un peu avant le parking des avions, voilà la soute à essence où sont entreposés les fûts métalliques de 200 litres, les fameuses bétillas.

 

Disons tout de suite qu’à cette époque, le ravitaillement essence  des avions de passage était toute une histoire.  Il y avait souvent des problèmes de condensation, présence d’eau dans l’essence, et il fallait obligatoirement la filtrer.  On transvasait l’essence d’une bétilla à l’autre à l’aide d’une petite pompe à main Jappy et on la filtrait en la faisant couler dans un entonnoir recouvert d’une chechia arabe en feutre qui retenait l’eau…

 

L’opération durait souvent des journées entières !

 

Dès l’arrivée d’Alger du JU 52 de la rotation mensuelle Alger- Ouargla- In Salah- Tamanrasset- Fort-Flatters- Ghat qui amenait courrier et ravitaillement, les hommes roulaient sur le sable les fûts d’essence et complétaient le plein  des réservoirs de l’appareil en pompant l’essence à la main.

 

Il n’y avait pas de balisage électrique et rien n’est prévu pour l’atterrissage de nuit des appareils.  Des boîtes remplies de sable et d’essence posées le long de la piste, une fois allumées, elles délimitent l’aire d’atterrissage et le Dodge 4x4 phares allumés  en bout de piste indique la direction…

 

Juste en face du parking, le bâtiment principal abrite les bureaux, la cuisine et une grande salle faisant fonction de bar et de réfectoire.  A côté, un immense ensemble wc-douches prévu pour des centaines de militaires.  Les douches ne fonctionnent pas, il n’y a pas d’eau sur la base, le château d’eau est à sec.  Enfin, derrière le hangar du garage, deux villas où logent quelques sous-officiers.

Laissons maintenant la parole à un autre sous-officier qui a bien connu cette époque.

 

Trois Chaamba nous aidaient dans nos différentes occupations sur la base.  On allait chercher notre nourriture dans deux grandes marmites norvégiennes à la Compagnie Saharienne de Transport.  On s’approvisionnait aussi en ville chez l’épicier, monsieur Aubert.

 

Le matin, le petit déjeuner ne variait presque jamais.  Le café noir que nous préparait un des indigènes et l’éternel hareng fumé avec une tartine de beurre ou alors deux œufs au plat.

 

Les loisirs n’en parlons pas…Dans la cour, entre les bâtiments, il y avait une barre fixe.  Une paire de roues de wagonnet nous servait d’altères.  Un jour, un officier nous fit cadeau d’une table de ping-pong, de raquettes et d’une provision de balles.  Des tournois épiques s’en suivirent.

 

On allait quelques fois chez Cerdan qui tenait un hôtel-restaurant à l’entrée d’Ouargla.  On prenait une ou deux consommations et on passait des heures à jouer au baby-foot…

 

Puis au fil des années d’importants travaux d’infrastructure s’en suivirent et la petite base de l’armée de l’air devint successivement le DTO 34/540 d’Ouargla et un peu plus tard la Base Aérienne 215 d’Ouargla.

 

 

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